Que l’on soit enfant, femme, personne âgée, en situation de handicap ou de précarité: la rue est loin d’être le terrain de jeux de l’insouciance, de la sécurité. Comment renverser la tendance ?


Son ambiance enregistré au cœur du Département de la Seine-Saint-Denis.
Prise de son: Jean-Louis Bellurget pour le In Seine-Saint-Denis
©Clémence Passot
L'aventure culturelle en ville
Terrain de jeu : Saint-Denis, auprès notamment de Luna Granada et des Confkids sur la culture et l’aventure organisée par Périféeries 2028. Quand définir les mots fait partie du jeu…
Aventure :
Événement fortuit, de caractère singulier ou surprenant, histoire, péripétie (Larousse). L’aventure relève de l’inconnu ; elle implique la découverte et une forme dépassement de soi.

Culture :
Ensemble d’éléments distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. (Unesco).
Toutes les cultures se valent et ont droit à la même reconnaissance.

Ville :
Ensemble de vides et de pleins, de sons, signes visuels et odeurs, rassemblant au moins deux mille personnes et une biodiversité plus ou moins protégée, divers engins roulants et une grande variété d’activités humaines.
Lorsqu’on la vit et la traverse, la ville est le support d’une expérience plus ou moins agréable, en fonction de la qualité des lieux et de son niveau de confiance ou vulnérabilité en ville.

©Clémence Passot

Aventure culturelle en ville :
Approche de l’espace public comme parcours ou terrain d’aventure qui mobilise les piétons dans une découverte active de la ville pour favoriser le plaisir à la parcourir.Plus un espace attire une grande diversité de personnes, plus il sera accueillant pour celles et ceux qui se sentent vulnérables. 

Agrès sportifs ou ludiques multi-âges, itinéraires bis thématiques, séquences apaisées ou plus rythmées, expériences sensorielles par la présence de la nature, de l’eau ou d’interventions artistiques, effets de surprise résultants de situations urbaines atypiques, point de vues et observatoire du paysage urbaine, détournement de mobiliers, jeu avec la topographie - buttes à grimper....
La ville est parcours et celui-ci devient culturel lorsque les cultures qui peuplent le quartier sont rendues visibles : signalétique multilingue matri et patrimoniale, mise en valeur de récits ou portraits locaux, portraits de figures locales, intégration de motifs multiculturels, de formes et usages issus de diverses cultures.
L’aventure culturelle part de l’imaginaire des usager.es et résulte d’un processus participatif.

Par Laure Gayet.
> Plongez dans :
> Les Confkids sur la culture et l’aventure organisée par Périféeries 2028 et Confkids, en vidéo ici.
> Le Livre Aventure culturelle, Luna Granada et David Benoussaïd, La tête ailleurs éditions, 2022, par là.
> Lien vers l’article de l’atelier Approche.s ! « Et si la ville était une femme » sur l’esthétique urbaine sensible au genre, décrivant une forme d’aventure égalitaire en ville, ici
>
En savoir plus sur la prochaine grande aventure du territoire : la candidature de Saint-Denis, Plaine Commune, Seine-Saint-Denis capitale européenne de la culture : découvrez le site

Fano, en Italie. Un exemple emblématique de réflexion autour de cet enjeu : comment penser une ville des enfants ? Et pour cause, la question s’est posée il y a plus de trente ans !
Un livre pour (re)jouer sa ville
Créatrice de la maison d’édition « La tête ailleurs », Luna Granada s’attache à raconter et mettre en images la ville au travers de livres pour petits et grands. Avec le cahier d’activités « Au coeur de la ville », c’est un véritable appel à redécouvrir et réinventer la ville par le biais du jeu que l’éditrice lance à la nouvelle génération.
Tout a commencé avec un projet socio-culturel nommé « Au coeur de la ville », une série d’ateliers artistiques organisés par Luna et son équipe d’intervenants à destination des habitants de Saint-Denis. Durant ces temps de travail avec la population, de nombreux souvenirs, phrases et illustrations au sujet de leur ville ont été récoltés et ont donné naissance au livre d’activités du même nom que le projet.

Rendre la ville ludique par un travail sur la perception et l’imaginaire « Si ma ville était… »

Dans cet ouvrage original où Saint-Denis sert de ville de référence, les enfants de tout horizon sont encouragés à observer leur propre ville avec un nouveau regard.  Invités à se questionner sur la personnalité et le caractère de leur ville, les jeunes riverains peuvent tantôt la comparer à un animal, à un objet ou encore … à une couleur, un son ou une odeur ! Par l’intermédiaire de la métaphore, la ville devient un élément attrayant, amusant et même drôle en fonction de la perception que chacun s’en fait ! Avec cette approche pleine de poésie, Luna a souhaité montrer qu’en regardant sa ville avec un filtre poétique on peut nuancer le regard négatif que l’on porte parfois sur elle.


« Au cœur de la ville »
Calico : une résidence pour
les femmes,
par les femmes
Rencontre entre Laure Gayet
et
Laura Gimenez,
asbl Angela D.

Calico, c’est le nom d’un projet d’habitats intergénérationnels et socialement mixte à Bruxelles, dans la commune de Forest. En tout, 34 appartements, répartis autour de la formule « care, genre et soins ». Laura Gimenez, de l’asbl Angela D. nous reçoit dans la pièce de vie commune, comme à la maison, au détail près que nous avons tous gardé nos chaussures, « mais signe que les femmes qui vivent ici se sentent chez elles, elle se déchaussent systématiquement » nous raconte-t-elle. Rencontre et échanges avec Laure Gayet, carte blanche de ce numéro.
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
© Benjamin Geminel
Laura Gimenez démarre. « Calico c’est un projet d’habitat groupé assez précurseur car de nombreux acteurs sont parties prenantes. Une partie des habitats est portée par Pass-âges, qui déploie des lieux destinés à accueillir toute personne souhaitant vivre “comme chez soi” naissance ou mourance ; le Community Land Trust Bruxelles qui développe des projets de logement perpétuellement abordables à Bruxelles pour des personnes à revenus limités et nous, l’asbl Angela D. » Le leitmotiv d’Angela D. ? Penser l’aménagement de l’espace en évitant les biais patriarcaux et mettre la problématique du genre au centre de l’habitat. L’association assure ainsi le montage de l’un des trois habitats groupés du projet Calico avec l’objectif d’établir une autogestion pour les femmes et par des femmes.
Il y a trois ans, à la place de cette résidence, c’était une zone de friche.
Laure Gayet : « Quand vous avez monté le projet, vous saviez qu’il allait s’implanter ici ? Vous avez choisi ce lieu ?
- On s’est beaucoup questionné sur la zone. Il fallait qu’il y ait des transports en commun, on ne voulait pas un quartier industriel et mal desservi. Finalement, nous sommes dans un coin résidentiel de Bruxelles et le projet a été bien accueilli.
- C’est vous qui avez imaginé les plans de cet ensemble ou du moins pu les réfléchir avec les aménageurs ?
- Non malheureusement. C’est un projet qui s’est étalé sur plusieurs années et nous avons investi des lieux pensés par des aménageurs, sans notre consultation. Du coup, si nous avions une baguette magique, peut-être que cette grille serait un peu différente, glisse Laura dans un sourire… »
Concrètement aujourd’hui l’asbl Angela D. a permis à 10 familles de prendre leurs quartiers dans Calico, dont 6 femmes de plus de 50 ans. Comment sont-elles choisies ? La situation, les revenus, mais aussi avoir la volonté qu’elles ont en tant que femme de se questionner sur le genre dans l’habitat. « Quand une femme va intégrer Calico, elle rencontre les autres résidentes, elles échangent et répond à des questions très précises. Elles choisissent avec qui elles veulent vivre. Et ça marche, depuis l’été 2021 où elles ont emménagé, tout le monde est resté ».
Ainsi une famille des familles est née. Une solidarité s’est spontanément mise en place autour des enfants et aujourd’hui autour des petits gestes du quotidien aussi. « Sur le groupe what’sapp elles s’entraident chaque jour. Quelqu’un a du sel ?, est un bon exemple » raconte Laure malicieuse.
Laure : « Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un logement genré ?
-C’est un logement qui est égal dans sa répartition des espaces, qui est modulable et où on a une pièce à soi, un espace complémentaire, que l’on questionne sans cesse dans ses usages. C’est aussi un logement où c’est le nom de la femme qui est sur le bail. »
En Belgique, Laura raconte que la question du genre est de plus en plus prise en compte dans les stratégies de politique publiques. Les budgets pour aider au développement de ce type de projets sont nombreux. L’association a d’ailleurs, pour aider d’autres projets, publié un guide « Une approche féministe du logement ».
Laure : « Quel est le rôle d’Angela D. à terme ?  De rester accompagner les femmes de Calico ?
-Nous avons d’autres projets et aimerions réfléchir à l’accompagnement de familles qui veulent vivre ensemble dans un bien qu’elles acquièrent ensemble. Ici, on est encore dans l’accompagnement et à la sensibilisation. On espère aussi faire de ce lieu un lieu ressources pour le quartier entier. Et puis, bientôt, les laisser gérer. Normalement on arrêtera l’accompagnement fin décembre prochain… Et je pense qu’elles sont prêtes ! »

> Arpenter + loin :
Découvrez le guide « Une approche féministe du logement, guide pratique » d’Angela D. par ici.
La maison des Babayagas, résidence sociale autogérée de femmes seniors à Montreuil, a inspiré le projet Calico. Découvrez-là.
Un autre projet inspirant : Commune, un coliving pour familles monoparentales, infos ici.



Design graphique: @Antje_Welde / Voiture 14
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