C‘est quoi le Je.Jeu.Jeux ?

Il y a le pronom « je » : moi, toi, lui, elle… Ma, notre façon d’être dans l’espace public, de l’investir, de le vivre. Et puis, il y a le jeu, les jeux. Ceux qui unissent, fédèrent et nous permettent aussi d’être. 


Laure Gayet, pour nous expliquer ce que c’est le « je, jeu, jeux », on fait une partie ?
C’est au bord d’une plage de sable, celle des terrains de beach-volley de la Sand Fabrik à Pantin qu’Arpenter a réuni Eugénie Ndiaye et Laure Gayet. La carte blanche était curieuse d’en savoir plus sur le parcours et les actions de la créatrice des Bâtisseuses, atelier chantier d’insertion spécialiste du réemploi de la terre crue. Laure Gayet a donc questionné cette dernière avec la méthode d’Approche.s !, son atelier d’urbanisme : procéder de manière sensible pour cerner ce qui a forgé le parcours et l’engagement féministe de son interlocutrice.
Laure Gayet - Eugénie Ndiaye : dialogue sensible sur une plage de sable
©Bruno Levy
©Bruno Levy
©Bruno Levy
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Arpenter :  Pour commencer, qu’est-ce qui vous a amené Laure Gayet à vouloir rencontrer Eugénie Ndiaye ?
» Laure Gayet. L’idée initiale de cet entretien, c’est de mettre en regard l’expérience des Bâtisseuses créé par Eugénie Ndiaye avec celle d'Approche.s ! sur les questions d’inégalités d'appropriation de la ville entre les femmes et les hommes. Donc, pour commencer, je voulais demander à Eugénie de nous détailler son parcours afin de comprendre comment elle en est arrivée à développer la vision féministe qui l’anime dans son travail avec les Bâtisseuses.
» Eugénie Ndiaye. Alors, si je peux essayer de résumer mon parcours, il faut d’abord savoir que je suis née au Sénégal où j’ai grandi jusqu’à mes 20 ans. Une enfance qui reste donc, bien avant Les Bâtisseuses, très liée aux premiers moments où j’ai vécu la construction écologique de manière très intime, avec en particulier le souvenir de la case des grands-parents au village qui est très différente de la maison qu’on peut avoir en ville.
Et finalement, la construction écologique s’est donc progressivement inscrite dans ma mémoire. Ensuite, même en grandissant, principalement à Dakar, une ville très bétonnée qui porte en elle aujourd’hui toutes les problématiques des villes carbonées, je me suis aperçu que ce souvenir d’enfance m’a toujours « poursuivie ». Y compris en France où j’ai toujours été portée par l’envie de retrouver une forme de chaleur, de racines écologiques dans la ville, liée encore une fois à mes premières années dans le village de mes grands-parents. Voilà pour le point de départ... 
Ensuite, de manière tout aussi personnelle, intervient le fait qu’en 2012, je me suis retrouvée menacée d’expulsion à cause de la circulaire Guéant (1) qui refusait aux étudiants étrangers diplômés la possibilité de poursuivre une expérience professionnelle en France.  Donc, à l’époque, créer mon emploi avec les Bâtisseuses, me permettait aussi de rester en France... Mais, surtout, de manière plus large, je permettais à des personnes en situation d’exclusion, des femmes, de pouvoir aller vers une vie plus épanouissante, de contribuer à une construction collective. Tout ce dont finalement j’avais aussi besoin parce que mon expérience personnelle, liée à ma situation de sans-papiers, m’avait aussi fait éprouver l’expérience de la relégation et de l’invisibilisation.
» Laure Gayet. En t’écoutant Eugénie, on comprend donc qu’en arrivant en France, tu t’es retrouvée confrontée de manière assez brutale aux questions d’inclusion : est-ce que cela t’a conduit à te rapprocher des façons de faire américaines qui revendiquent beaucoup plus qu’ici la question des identités et de l’origine ?
» Eugénie Ndiaye. Là-dessus, je dirai que pour moi vivre ensemble, c’est avant tout pouvoir vivre, en termes de capacité à agir. Et ça, c’est forcément lié à notre histoire, à nos racines, à qui nous sommes. Alors, même si je n’ai pas la nationalité française, je me considère aujourd’hui comme citoyenne de ce pays parce que je vis, je respire et j’agis ici. Pour moi, c’est cela le liant qui va faire que l’institution avec ses règles va se connecter avec les citoyens...

…en France où j’ai toujours été portée par l’envie de retrouver une forme de chaleur, de racines écologiques dans la ville…


> Arpenter + loin : Les « Bâtisseuses » ? C’est un atelier chantier d’insertion créé par Eugénie Ndiaye, qui forme des femmes refugiées à la construction en terre. Une formation de 12 mois qui est un moyen de réinsertion sociale et d’émancipation pour des femmes qui, peu à peu, peuvent être amenées à travailler dans un milieu de la construction encore très masculin.
Également organisme de formation en écoconstruction, les « Bâtisseuses » a, entre autres, collaboré en 2019 avec le Centre de Formation des Apprentis de Noisy-Le-Grand afin d’enseigner à un groupe d’habitants de Sevran en recherche d’emploi, les préceptes de la construction en terre crue à partir des terres excavées des chantiers du Grand Paris. Par ici. !
A l’Ile-Saint-Denis, les Bâtisseuses ont également amené leur expertise dans le cadre de la formation professionnelle « Faiseur.es de terre » initiée par l’association Halage, ambassadrice du In Seine-Saint-Denis.




Par le collectif Polysémique
La ville terrain de jeu ?
Pour des expériences créatives partagées
Le thème du je(u) dans la ville fait écho avec nombre de projets que nous menons avec les habitants de Seine-Saint-Denis, sur ce territoire où nous vivons aussi. Si aujourd'hui ce thème peut résonner avec le sujet du design actif, il est important pour nous de noter la dimension immatérielle et les possibilités plus larges de cet objet, au-delà de la « simple » mise en mouvement des personnes – même prise au sens figuré.
© Collectif Polysémique
L’espace
Pour le concepteur/l'artiste, l'espace public peut être un formidable terrain de jeu, d'abord parce qu'il est un endroit de rencontre, l’endroit où je croise les autres, quel.le.s qu’ils ou elles soient. C’est cet espace qui nous réunit et se tisse entre les différents lieux de la ville, le lieu de la vie collective. Un espace qui se prête aux hasards et aux découvertes, particulièrement ici, sur ce territoire pluriel.
La contrainte
L’espace de la ville est dessiné, il possède un sens, une direction, des pauses, il ne permet pas pas tout, et pas à tous et toutes. Souvent le déplacement des corps est contraint, par des routes, du mobilier urbain, des grilles, des flux. Les signes déjà présents dans l'espace urbain permettent ou interdisent, induisent des déplacements... Ce qui est en jeu dans le design actif, c'est de créer une poésie nouvelle et une incitation qui ne soit pas une nouvelle norme.

© Collectif Polysémique

L’ouverture
Dans leurs jeux, les enfants prennent souvent pour prétexte des éléments mis à leur disposition pour en faire autre chose, pour construire leur propre récit. Cette possibilité de détournement, cette liberté laissée semble nécessaire au jeu pour qu'il reste tel. L'usage pourrait donc être polymorphe et générer une appropriation dont l'imprévu pourrait naitre.
> Arpenter + loin:  Polysémique est un studio de design graphique culturel et social, concepteur en design graphique (affiches, éditions, identités… pour le secteur culturel), ainsi que d’œuvres artistiques et de dispositifs d’interaction, de médiation visuelle et culturelle, et de signalétique, notamment dans l’espace public. Installés à Saint-Denis depuis 2008, le studio est ancré et investi dans son territoire tout intervenant plus largement, à l’échelle régionale ou nationale. Je veux en savoir +


©.Rasmus Hjortshøj-COAST
©.Rasmus Hjortshøj-COAST
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Design actif :
Une notion dont Paris 2024 et l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires se sont emparés en publiant le premier guide opérationnel du design actif, dans le cadre du programme Action Cœur de Ville. Destiné aux collectivités territoriales labélisées Terre de Jeux 2024, il vise à les initier au concept de design actif c’est-à-dire, l’aménagement de l’espace public et des bâtiments de manière ludique et esthétique afin d’encourager à l’activité physique ou sportive, de manière libre et spontanée, pour toutes et tous. Conçu avec 14 experts, il donne des clefs de cadrages pour aider ces villes dans le développement de ce type de dispositifs.
Un cas concret ? L’un des plus emblématiques en la matière, l’exemple Danois de Copenhague. Les photos ci-dessus sont celles du Park'n'play Rooftop de Copenhague.

> Dans vos oreilles :
Son ambiance enregistré au cœur du Département de la Seine-Saint-Denis.
Prise de son: Jean-Louis Bellurget pour le In Seine-Saint-Denis
    
Design graphique :
@Antje_Welde / voiture 14.com

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